VERS UNE GESTION PLUS MODERNE DU SANGLIER
Avant le colloque de Reims et à l’heure ou de nombreux ayatollahs de la chasse essaient de s’approprier la paternité de la gestion du sanglier, il convient de rafraîchir les mémoires.
Depuis la plus haute antiquité, le sanglier est l’animal emblématique. Il est cité dans la bible et l’Iliade glorifie ce valeureux guerrier qui ne succombe que sous la masse de ses assaillants.
Victime de sa force et de son courage, il sera poursuivi sans pitié pendant des siècles, ne devant son salut qu’à son intelligence et à sa prolificité.
L’automobile qui a permis au citadin de se replonger facilement dans le milieu rural le week-end a permis d’augmenter une pression de chasse déjà forte et, dans les années 1980, on a vu le fond du panier.
Des études menées par l’INRA (institut national de recherche agronomique), le CNRZ (centre national de recherche zootechnique) et l’ONC (office national de la chasse) à Arc en Barrois ont commencé à être publiées et exploitées. C’est en 1982 que l’Association Meusienne des Chasseurs de Grand Gibier, présidée alors par Jean François Renard publia sous la plume de C. Busseuil et F Magnien, un état objectif des connaissances sur ce formidable gibier, avec des conseils de prélèvements.
Toujours à cette période, les règles élémentaires de prélèvement et d’agrainage furent mises sur pied dans le massif d’Arc en Barrois, en étroite concertation avec les chercheurs sur place JL Bouldoire et J Vassant, ingénieurs de l’ONC.
En Meuse, quelques sociétés, particulièrement cantonnées dans le célèbre massif 56 et sous l’impulsion de JF Renard, Alain François et Germain Maucourt, pères de l’AMCGG, se sont alors essayées l’application des règles de gestion proposées par les chercheurs et appliquées à Arc en Barrois. Leurs efforts furent rapidement couronnés de succès et par les honneurs Laurent Perrier de la Chasse.
On a tout lu et tout entendu sur cet animal passion. Le sanglier est un fauve, un nuisible. Il attaque tout ce qui bouge et n’hésite pas à manger les petits enfants affirmait un chasseur spécialiste de ce pachyderme qui tremblait de tous ses membres en entendant les chiens lancer.
Victime de son aspect impressionnant et de sa force, le sanglier (mythique) suscite les passions les plus folles. Il a été entièrement rebaptisé et il entend grâce à des écoutes, voit avec des mirettes et se protège avec une armure. L’ abdomen du mâle est orné d’un pinceau et celui de la laie d’ allaites. Son groin est un boutoir et sa tête une hure. Dans l’ imagerie populaire, il est souvent associé au loup. C’est dire…
Mais ce n’est pas tout. S’il charge comme une locomotive, il impressionne encore plus quand on donne son poids en livres. Tous ces éléments, ajoutés à sa prolificité ont justifié des prélèvements sans retenue qui ont inexorablement décimé les populations dans de nombreuses régions.
Dans sa grande sagesse, le chasseur s’est alors mis à réfléchir pour découvrir enfin que c’étaient les mamans qui faisaient les petits et qu’il fallait les épargner.
La recette était facile et ne tarda pas à porter ses fruits, si bien qu’il y a maintenant des sangliers partout ou presque, avec une caractéristique quand même, c’est que les populations sont TOUTES terriblement déséquilibrées et qu’il ne se tue pas plus de grands mâles aujourd’hui que dans les années de disette.
La recette qui est actuellement la plus appliquée consiste à prélever les bêtes rousses et les animaux de plus de 100kg (pour se donner un peu d’émotions quand même) ; Le résultat est qu’ il ne reste plus que des jeunes et des subadultes et que les adultes n’existent pas. Dans cette configuration, les compagnies sont instables, mal fixées, peu prolifiques et provoquent de nombreux dégâts.
Epargner les adultes
Il faut retenir que, plus que l’âge, c’est le poids qui conditionne tout dans la structure matriarcale qui est celle du sanglier,. C’est de lui que dépendent les premières chaleurs des laies. C’est de lui que dépend la hiérarchie dans les troupes et la prolificité des laies. Ce sont enfin les laies les plus lourdes qui entrent en chaleur les premières et qui déclenchent les chaleurs des plus jeunes Le taux de survie des marcassins en cas d’accident climatique ou de disette est d’autre part beaucoup plus important chez les grandes laies que chez les primipares.
Les grandes laies sont les plus prolifiques, les mieux organisées, les mieux fixées au territoire, les plus expérimentées et il convient de les épargner absolument et totalement. Par ricochet, le sexage visuel etant pratiquement impossible en battue, on épargnera également les grands mâles seuls susceptibles de fournir un jour au chasseur le souvenir d’une vie.
Prélever les jeunes, c’est prélever dans toute la tranche jeune:
Chez le sanglier, le pic des naissances se situe autour du premier avril et se agent période ne participeront pas en année normale aux dégâts de printemps, ce qui n’est pas le cas des animaux décyclés nés en hiver. Ce sont ces derniers qui participeront le plus aux dégât de printemps parce qu’ils seront alors sevrés ou en cours de sevrage. Les animaux issus de ces populations décyclées, outre les dégâts de printemps qu’ils provoquent, auront toutes les chances d’être décyclés à leur tour et de participer ainsi à la création de familles génératrices de plus forts dégâts.
Nés en hiver, ils étaient traditionnellement victimes des intempéries ou des prédateurs qui n’existent .plus maintenant. Le chasseur doit alors les éliminer prioritairement
Réaliser des prélèvements plus adaptés:
Ces deux observations nous inciteront à préciser nos prélèvement de la façon suivante :
Conserver les règles d’or du tir en battue :
A) Toujours rechercher 75-80% minimum de tir de jeunes, compte tenu de la prolificité des laies.(60 à 260%)
B) Dans les troupes, préserver impérativement la bête de tête et les animaux les plus gros qui sont l’ossature sociale des troupes.
Préciser les prélèvements de la façon suivante :
A) Dans les troupes, toujours tirer prioritairement les plus petits, sans limite inférieure de poids ou d’âge.
B) Porter le tir des jeunes à 65- 70kg de poids vif avec deux conséquences immédiates :
1°)Un tir plus efficace dans la classe bêtes rousses, les chasseurs voyant s’éloigner l’épée de Damoclès.
2°)La structure des troupes ne sera pas touchée par le prélèvement de ces animaux, les plus grands animaux étant systématiquement épargnés.
C) Pas de tir de gros animaux isolés après le rut, les grandes laies qui sont saillies les premières sont également les premières à s’écarter des troupes
D) Se faire un plaisir rare sur l’animal de sa vie s’il a toutes les caractéristiques d’un grand mâle de plus 160 ou 200 kg, mais pas moins.
Christian Busseuil 2002
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