Sans transition, l'automne est arrivée. Les grandes voix des cerfs se
sont tues une à une et la feuille, oui la feuille commence déjà à tomber et à tapisser le sol de la forêt.



En Haute Savoie, le col de la Colombière situé au dessus du Grand Bornand, célébré par le tour de France, jouit d’une réputation qui attire toute l’année de très nombreux touristes, marcheurs, grimpeurs et autres vététistes. Surmonté par un immense alpage privé, il a fait l’objet d’une réintroduction réussie de bouquetins et les vingt ans du retour du Gypaète Barbu, le plus grand rapace d’Europe, viennent d’ être fêtés.
Six cent brebis de plus de douze races différentes et propriété de sept petits éleveurs passionnés entretiennent nuit et jour une nature accueillante parcourue par des sentiers de randonnées admirablement balisés. Le mélange des races permet la dispersion du troupeau qui utilise ainsi tout l’espace mis à sa disposition. Après avoir marché une bonne heure, ‘’cassecrouter’’ avec son Opinel tout neuf un bon Reblochon de chez Blanchet, arrosé de vin de Savoie au lac de Peyre en admirant des bouquetins débonnaires et indifférents et en guettant des marmotte toujours aux aguets constitue un but de promenade de grande qualité dans un paysage de rêve. Si on y ajoute le bonheur d’une sieste occupée à observer le vol majestueux et doucement soporifique des Gypaetes, orfèvres dans l’utilisation des courants ascendants, on comprendra pourquoi les jours de beau temps les parkings du col de la Colombière ne désemplissent pas.
L’immensité du site digère avec une rapidité surprenante cette marée humaine et, vus de la terrasse accueillante de l’auberge du Col de la Colombière, les promeneurs ne sont bientôt plus que des petits points noirs avant de disparaître, fondus dans le paysage.
Le Col de la Colombère, c’est l’image paisible d’une nature entretenue par l’homme. Les troupeaux entretiennent l’espace et créent des sentiers, les bergers les entretiennent et il nous reste plus qu’à nous y promener. Elle est pas belle la vie …?. Qu’ils disparaissent et ce sera en moins de dix ans le retour à une végétation d’épines et autres rhododendrons qui chassera mouflons, marmottes, gypaétes et….. l’homme à l’image du versant opposé.
Profitant de son statut de prédateur surprotégé, colonisant sans cesse de nouveaux territoires, brisant un équilibre établi, le loup a fait subitement son apparition dans ce petit paradis, y tuant depuis le début de cette année 2007 plus de quatre vingt brebis.
Il n’existe pas au monde un éleveur digne de ce nom qui accepterait ce carnage ou les indemnisations ne servent qu’à donner bonne conscience aux responsables. Il y avait en effet 1200 brebis avant l’arrivée du loup et on comprend les propriétaires qui, dans ces conditions ont déclaré forfait. La menace était grande de voir disparaître tout ce troupeau, gardien de tout l’écosystème du site et l’administration a mis en place une série de mesures destinées à essayer de le protéger.
Solide et sympathique gaillard originaire de Cherbourg, de formation forestière et passionné de nature, Patrick a été choisi comme berger pour veiller sur ce petit monde. Il habite la très spartiate bergerie de l’alpage et chaque soir, il doit rassembler avec son fidèle Border, des brebis au caractère très indépendant pour les enfermer dans des parcs faits de filets électrifiés. Le loup attaque plutôt la nuit et se cache en principe le jour. On les croit donc a l’abri. Un chien Patou a aussi été intégré au troupeau. Ce chien a la particularité de défendre les brebis au milieu desquelles il a été élevé. Le problème, c’est qu’il attaque sans distinction tout ce qui lui semble menacer ses protégées et les promeneurs doivent s’en écarter prudemment, surtout s’ils ont un chien en laisse.
…..et les attaques continuent….naturellement….
Ce matin, il est cinq heures quand Patrick est réveillé par les abois du Patou. La nuit est noire, sans lune et on y voit rien avec cette pluie torrentielle qui fouette le visage. Les brebis sont nerveuses dans le faisceau blafard de la lampe, debout, peureusement rassemblées au centre de leur enclos. La présence de l’homme rassure. Le Patou se calme. Tout semblant rentré dans l’ordre, Patrick redescend à la bergerie. Loup ?, pas loup ? attaque ? pas attaque ?.. il faudra attendre le jour pour faire la bilan, comme chaque matin…. Histoire banale, normale de loup. En termes de probabilités, on sait aussi qu’un jour, mais quel jour, c’est un humain qui fera les frais de ce retour du loup…mais ce sera aussi normal professeront les spécialistes qui devront alors réfléchir à un autre mode d’indemnisation.
au détour d'un chemin à la
Colombière
Derniers Commentaires