ASSOCIATION MEUSIENNE DES CHASSEURS DE GRAND GIBIER
Siège social : 3, rue Charles Péguy 55100 BELLERAY
Résultats de l’enquête, Les sangliers sont-ils fatigués,
Un certain nombre d’entre vous a bien voulu répondre au questionnaire que nous avions présenté dans le dernier Journal « Au Bois » portant sur le nombre de Sangliers ( indemne de toute blessure ou maladie) attrapés par les chiens. Voici le résultat de cette enquête pour la saison 2005-2006 réalisée à partir de 13 questionnaires utilisables, et, suscitée par un sentiment partagé avec d’autres chasseurs que le nombre de sangliers attrapés par nos chiens étaient de plus en plus important.
I ) Matériel d’étude :
Les 13 chasses totalisent une surface de 24290 Ha, un tableau 2005-2006 de 1596 sangliers dont 144 ont été attrapés par les chiens. Cinq chasses représentant 1690 Ha pour 94 sangliers (toutes de surface inférieure à 800Ha ), n’ont pas observé le phénomène.
II ) Variables étudiées :
Densité des populations :Celle-ci est plus importante dans les huit chasses concernées par le phénomène. On note, en effet, un prélèvement de 7/100Ha contre 5,5/100Ha. Cela s’explique en partie par le fait que plus la surface est grande, moins elle est chassée.
Poids des sangliers attrapés : le poids varie de 5 à 65 Kgs. La répartition n’est pas connue, mais si on peut considérer banal le fait qu’un marcassin soit attrapé, ce n’est certainement pas le cas en ce qui concerne des animaux de 35 kgs et plus.
Agrainage : Dans les 13 chasses il a été distribué en moyenne sur l’année 1,4 tonne de Maïs au 100 Ha. Cependant,on constate que dans 4 des 5 chasses ou le nombre de sangliers attrapés est le plus élevé ( de 7 à 21% des tableaux ), l’agrainage est un peu plus important – de 2 à 2,7 tonnes/100Ha - ; pour la cinquième, l’agrainage n’est pratiqué qu’en dehors de la période de chasse.
Chiens : Le nombre de chiens est presque 4 fois plus élevé dans les cinq chasses déjà citées, certes plus grandes en surface que dans les huit autres. Cependant cette importante différence nous paraît très significative !
Races de chiens : toutes les chasses ont des petits chiens type Fox terrier, Jagd terrier, et croisés,Teckel,Basset fauve; certaines ont en plus quelques « corniauds » et labradors. Par contre, dans quatre de ces cinq chasses on note la présence de chiens d’arrêt type Epagneul
( Springer Spaniel, Münsterländer ), Griffen ( Drahthaar ).
III ) Hypothèses d’ explications :
Pour expliquer le fait qu’un nombre significatif de sangliers ( prés de 10% des tableaux ) soit attrapé par les chiens, non seulement des petits mais des animaux de 35 à 65 kg, plusieurs hypothèses peuvent être avancées :
Augmentation des populations et sédentarité : Ces deux notions nous paraissent indissociables. Une nourriture suffisante dans les bois et en plaine, la gestion des chasseurs,des couverts encore importants depuis le tempête de 1999, une météo complaisante, ont favorisé une reproduction soutenue y compris chez les petites laies avec pour conséquence un rajeunissement considérable des animaux
La pénétration des forêts par le tourisme « vert » est devenue de plus en plus importante faisant de l’homme un hôte habituel des forêts plutôt qu’un danger potentiel.
Pour ces raisons, le sanglier n’ est plus obligé de se déplacer à la recherche de sa nourriture et ses réactions normales de crainte et de fuite, de surcroît à peine développées car très jeune, ont laissé la place à une certaine sensation de sécurité.
Effet meute : Un nombre important de chiens dans la traque peut sans doute induire cet effet meute, c’est à dire le ralliement de tout ou partie des chiens lorsqu’un animal est tenu en respect ou acculé. La présence de chiens d’arrêt aggrave sans aucun doute cet effet, effet qui peut parfois être recherché par certains traqueurs chassant pour eux-mêmes ou pour justifier l’utilisation de l’épieu.
Parasitisme :Le parasitisme, notamment pulmonaire par le métastrongle, pourrait expliquer une défense amoindrie par essoufflement rapide et diminution de l’endurance. Cette hypothèse fait l’objet d’une thèse de médecine vétérinaire sous l’égide de F. Magnien qui pourra sans doute nous apporter quelques précisions. Ce parasitisme n’a cependant jamais été noté macroscopiquement sur prés de 400 sangliers traités par un boucher compétent et contrôlés par vétérinaire.
Alimentation :Une nourriture abondante ou à tout le moins largement suffisante peut entraîner une prise de poids excessive ce qui pourrait diminuer les qualités physiques pour ce qui concerne la défense et la fuite Elle favorise bien évidemment la sédentarité.
Une nourriture insuffisante peut avoir les mêmes effets sur l’endurance des sangliers. Ainsi il a été remarqué,dans une des cinq chasses déjà citées qui occupe tout un massif, un déficit pondéral moyen en 2005-2006 de 25% par rapport aux autres années dû au manque de fruits forestiers aggravé par l’absence d’agrainage pendant la période hivernale.
Obstacle artificiel : Nous voulons parler des engrillagements forestiers qui peuvent constituer,,comme cela a été signalé dans une chasse, un véritable piége pour les animaux poussés par la traque et les chiens.
Métissage : La résistance du « cochonglier » serait moins importante avec des qualités physiques amoindries et une sensibilité accrue au parasitisme. A notre connaissance, aucun cas de métissage n’a été relevé dans cette étude. Cependant cette cause doit malheureusement être évoquée.
IV) Chevreuil : Le phénomène a été signalé 8 fois sur les 13 questionnaires et concerne essentiellement les chevrillards et les animaux malades.
V ) CONCLUSION :
Même si le taux de réponse à cette enquête n’est pas très important (13 questionnaires sur 170 envoyés), celle ci semble bien conforter l’impression de plusieurs chasseurs que le nombre de sangliers attrapés par les chiens est devenu plus important et que cela ne concerne plus les marcassins mais des animaux de taille plus grande et de poids variant de 35 à 65 Kg.
Aucune explication à elle seule n’est suffisante. Cependant le sédentarité (avec ce que cette notion sous-entend) et l’effet « meute » sont deux raisons peut être suffisantes pour expliquer ce phénomène. Des actions, diversifiées, sont sans doute possibles que nous laissons à l’initiative des chasseurs, car nous ne pouvons actuellement préconiser aucun remède absolu n’ayant aucune cause certaine à proposer.